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Pierre Michel Menger : Le talent en débat

Publié le 4 décembre 2023 Mis à jour le 4 décembre 2023

Accueil en tant que Professeur invité à l’ULB de Pierre-Michel Menger

En collaboration avec le GRESAC et l’ENSAV/École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre, la Filière de Gestion culturelle invite le Professeur Pierre-Michel Menger pour un cycle de conférences et de séances de travail avec les enseignants, les chercheurs et les étudiants.

Biographie

Pierre-Michel Menger est une personnalité de premier plan dans le domaine en question. Formé à la philosophie à l’École normale supérieure, puis à la sociologie à l’EHESS/École des hautes études en sciences sociales à Paris, il y prépare son doctorat sous la direction de Raymonde Moulin –autre figure majeure des questions de sociologie de l’art et de la culture. Il entre au CNRS comme attaché de recherche en 1978, dont il recevra la médaille d’argent en 1999. Il commence à enseigner à l’EHESS en 1987 où il est actuellement Directeur d’études. De 1993 à 2005, il dirige le Centre de Sociologie du travail et des arts (EHESS/CNRS). Il est aujourd'hui directeur d'études et membre du Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (EHESS). Il enseigne pendant plusieurs années à l’IEP/Institut d’études politiques de Paris comme maître de conférence. Depuis juin 2013, il est professeur au Collège de France. Il est en outre directeur de la Revue française de Sociologie et membre du conseil scientifique de la Revue Économique. Il est l’auteur, notamment, des ouvrages Le travail créateur. S'accomplir dans l'incertain (2009) ; Profession artiste. Extension du domaine de la création (2005) ; Les intermittents du spectacle. Sociologie d’une exception (2005) ; Portrait de l’artiste en travailleur. Métamorphoses du capitalisme (2003) ; La profession de comédien. Formations, activités et carrières dans la démultiplication de soi (1998) et Le Paradoxe du musicien (1983). Il a dirigé l’ouvrage Le Talent en débat paru aux PUF/Presses universitaires de France (2018). 

Programme

LUNDI 09 MARS 2020

-18h Grande conférence à l’ENSAV/École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre sur le thème du « Talent en débat »

Le talent est une notion malaisée à définir. D’abord employé comme un argument révolutionnaire d’émancipation individuelle, à la fin du XVIIIe siècle, pour promouvoir l’égalité des chances d’accès à toutes les carrières, le talent devint la signature de la méritocratie républicaine, et n’a pas cessé d’être l’enjeu de controverses sur les « justes inégalités ». Il est aujourd’hui la monnaie universelle de cotation des personnes et de la réussite dans les activités non routinières. Il veut aussi désigner chaque individu dans la singularité de ses capacités. Mais sa définition est instable et controversée. Est-ce le nom donné aux différences de capacité nées des interactions complexes entre la signature génétique des individus et la force de l’éducation ? Un mythe qui masque le pouvoir de la motivation et de l’effort ? Le levier d’une nouvelle technologie sociale et économique de mise en compétition des individus ? Un moyen classique de concentrer l’attention sur une élite ? Le passeport de la circulation mondiale des travailleurs très qualifiés ? Des réponses théoriques et empiriques sont apportées par la sociologie, l’économie, le droit et l’histoire. Les domaines explorés sont ceux dans lesquels la recherche et la mesure du talent sont aussi obsessionnels que tâtonnants : les arts, les sciences, les sports, les carrières salariales et entrepreneuriales, l’innovation technologique et numérique.

-20h Dîner de travail avec la direction de l’école et un choix d’enseignants et de chercheurs

MARDI 10 MARS 2020

-10h Séance de travail avec les chercheurs et enseignants des Masters en Gestion culturelle, Musicologie, Arts du spectacle et Sociologie sur le thème des futurs « Enjeux de la recherche en sociologie des arts et des cultures »

Identification de thèmes transversaux aux différents chercheurs et enseignants dispersés dans les structures de recherche et les programmes de cours de l’ULB. Réflexions sur la possibilité d’un groupe de travail pluridisciplinaire sur ces questions et l’opportunité de postuler à la Maison des sciences humaines (équipe intégrée ou affiliée). Discussion sur l’encadrement des mémoires et le croisement des encadrements, voire le suivi groupé d’étudiants travaillant sur des domaines communs. Prospection thématique pour les prochains colloques internationaux organisés par la filière de Gestion culturelle.

-13h Déjeuner de travail l’équipe du GRESAC et de la filière en Gestion culturelle

-15h Séminaire avec les étudiants volontaires des Masters concernés sur le thème du « Travail dans le domaine des arts et de la culture »

La création est un acte de travail. Depuis l’élaboration de l’œuvre jusqu'à l'organisation des activités en marchés, en professions, en relations d'emploi et en dispositifs d'évaluation, un même principe régulateur agit : l’activité créatrice est de part en part fécondée par l’incertitude. Le travail n'est gratifiant pour l'artiste que si son déroulement demeure surprenant. Les professionnels, les critiques et les publics procèdent à d'incessantes comparaisons pour identifier les qualités des artistes et des œuvres, faute de savoir comment déterminer leur valeur absolue. Les marchés gèrent par la surproduction la recherche de l’originalité profitable. Il s’agit de mettre en place un cadre théorique d’analyse de l’action en horizon incertain, puis de l’appliquer aux arts. Des différences considérables de succès peuvent-elles résulter de différences minimes de talent ? La catégorie du génie est-elle soluble dans la critique sociologique ? Pourquoi les inégalités présentent-elles le même profil dans les arts et dans les sciences ? Si l’offre augmente toujours plus vite que la demande, faut-il conclure que les artistes sont les funambules du déséquilibre, et que les mondes artistiques gagent leur développement sur les paris de ces « fous rationnels » ? Avec quelles contreparties ? Que gagnent les professionnels à s’agglomérer dans les grandes métropoles ? Comment le principe d’incertitude gouverne-t-il l’action culturelle publique ? Comment une œuvre peut-elle être admirée pour son inachèvement ?

-18h30 Grande conférence à l’ULB/Université libre de Bruxelles sur le thème du « Talent, travail et créativité : une nouvelle équation du capital humain ? »

Le temps n'est plus aux représentations héritées du XIXe siècle, qui opposaient l'idéalisme sacrificiel de l'artiste et le matérialisme calculateur du travail, ou encore la figure du créateur, original, provocateur et insoumis, et celle du bourgeois soucieux de la stabilité des normes et des arrangements sociaux. Dans les représentations actuelles, l'artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l'incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. Comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par Marx, l'art était devenu un principe de fermentation du capitalisme. Comme si l'artiste lui-même exprimait à présent, avec toutes ses ambivalences, un idéal possible du travail qualifié à forte valeur ajoutée.